| Préface de Thayé Dorjé, Sa Sainteté le XVIIe Gyalwa Karmapa |
Les enseignements intitulés concept-dharmakāya de l’éminent Gampopa (1079-1153) sont des guides uniques pour actualiser l’éveil qui est le but de tout bouddhiste.
Les commentaires précieux sur le sujet du concept-dharmakāya de feu Mipham Chökyi Lodrö, Sa Sainteté le XIVe Künzik Shamar Rinpoché (1952-2014) et de Chödrak Yeshé, le IVe Shamarpa (1453-1524) servent de guide à ceux qui souhaitent cheminer avec certitude. Il en va de même pour les autres instructions des IInd, IVe et XIVe Shamarpas contenues dans cette collection de trésors sur les thèmes vastes et profonds du mahamudra et de la méditation.
Dans le cadre bouddhiste, l’authenticité se mesure à l’aune des sources scripturaires et de la logique. Les écritures et les raisonnements sont tous deux réunis dans ces textes. L’essence du cheminement vers l’éveil y est présentée avec compassion, habileté et de manière vraiment précise et concentrées pour notre apprentissage, notre contemplation et notre méditation. Il s’agit de la présence même de Leurs Saintetés les Shamarpas à travers leurs paroles vivantes.
Puissions-nous chérir ces enseignements, mûs par une dévotion sans faille.
À notre époque, la propension à suivre de nouvelles tendances nous fait payer un lourd tribut. Nous sommes constamment à la recherche de futurs possibles. Bien que cette habitude en elle-même ne soit en rien mauvaise, elle gaspille continuellement la qualité inestimable d’être pleinement dans le présent.
Afin de chérir des enseignements comme ceux présentés ici, qui ne sont rien d’autre que la sagesse atemporelle, je ne saurais trop insister sur le fait que les méthodes dites de la vieille école sont des moyens pour s’ancrer dans le présent, pour développer une dévotion sans faille.
En d’autres termes, les moyens et les méthodes classiques propres à chaque culture portent en eux une forme d’excellence dénuée de choix. Ce n’était pas toujours une bonne chose, néanmoins cela offrait moins de distractions.
De nos jours, les choix semblent illimités. Des informations d’une ampleur considérable sont disponibles, accompagnées de surcroît de publicités vantant une vie « idéale ».
Ainsi, ironiquement, l’abondance de choix nous empêche souvent de faire bon usage du peu de temps dont nous disposons, voire simplement d’investir du temps. Nous avons l’impression de devoir faire telle ou telle chose. Nous nous sentons constamment sous pression.
L’ancien temps manquait quelque peu de liberté, je suppose – la liberté de s’exprimer de diverses manières. Pourtant, même si une option s’offre à nous, souvent nous ignorons ce que nous pouvons en faire. Nous pouvons évidemment réfléchir a posteriori et dire que nous n’avons même pas eu l’occasion de choisir, mais s’attarder sur les occasions manquées, sur ce qui aurait pu ou dû être, tient davantage du divertissement lorsque nous disposons de temps devant nous.
Il ne s’agit pas de revenir en arrière. Toutefois, si nous pouvions au moins comprendre que le manque de choix n’est pas forcément synonyme de restriction ou d’étouffement, nous pourrions alors trouver les moyens de nous consacrer à ce à quoi nous aspirons réellement : un réel changement – et non ce genre de changement qui nous fait ressentir une pression constante, comme celle de répondre aux attentes de nos pairs et de la société –, un changement où la fraîcheur vivante et vibrante du présent peut trouver sa place. Lorsque ce changement est entravé, nous devenons inquiets et angoissés. Nous pensons devoir choisir entre « être » ou « ne pas être », entre « être conceptuel » ou « ne pas être conceptuel ». C’est alors que naît l’angoisse.
Pourtant, permettre le changement ne modifie pas véritablement le présent. Le présent n’est ni « être » ni « ne pas être ». Le présent n’est pas lié aux choix ou à l’opposé du choix. Il s’écoule tout simplement.
Tout comme de l’eau : si elle est contenue, elle demeure. Si elle bout, elle devient vapeur. Si elle est retenue, elle forme un bassin. Si elle refroidit, elle se solidifie. Si elle chauffe, elle s’évapore. Si un souffle la touche, elle forme des vagues. Si on la laisse être, elle s’écoule.
Le présent ne fait pas de choix. Il complète simplement les conditions. Lorsqu’il est éprouvé par un esprit humain, il « conceptualise », ou plutôt celui-ci le conceptualise.
Être et ne pas être vont de pair, de manière interdépendante, sans opposition.
La forme et la vacuité vont de pair, de manière interdépendante, sans opposition.
L’angoisse est alors prise en compte et non rejetée. Ainsi, la folie ne l’emporte pas sur la raison et vice-versa.
Je pense, avec humilité, que nous pourrons alors consacrer notre temps à chérir la sagesse précieuse présentée dans les travaux des Sharmapas.
Docteur Martina Draszczyk, l’une des plus ferventes disciples et fidèle interprète de Sa Sainteté feu le XIVe Shamar Rinpoché, a soigneusement compilé ces commentaires rares et les a rendus accessibles à tous les lecteurs et pratiquants. Je lui exprime, avec plaisir, toute ma gratitude pour la traduction de ces écrits.
Puissent ces paroles parfaites de Leurs Saintetés les Shamarpas atteindre notre cœur qui aspire à la sagesse intemporelle.
Le XVIIe Karmapa Trinley Thayé Dorjé
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